Que faire en cas de cybergrooming?

Le nombre d’enfants et de jeunes touchés par le cybergrooming est préoccupant. Face à ce nouveau phénomène, les parents devraient agir de manière préventive et soutenir leur enfant si celui-ci en est victime.

On parle de cybergrooming lorsque des adultes entrent en contact avec un enfant en ligne dans une perspective d’abus sexuel. La dernière étude JAMES révèle que près de 30% des 16-17 ans ont été au moins une fois victime de cybergrooming. Chez les 18-19 ans, ce taux atteint même 43%. Les auteur∙e∙s de cybergrooming utilisent les réseaux sociaux pour apprendre les préférences de leurs victimes potentielles, la musique qu’elles écoutent, leurs goûts vestimentaires et leurs loisirs. Ces connaissances leur permettent de prétendre avoir des points communs avec leur victime afin de la mettre en confiance. Ces gens se montrent attentifs, compréhensifs et serviables, font des compliments aux enfants, se font passer pour des interlocuteurs idéaux.

Bases juridiques

À la différence du sexting, qui se passe entre personnes du même âge, le cybergrooming présuppose une préparation à des abus sexuels. En Suisse, le cybergrooming relève du harcèlement sexuel et constitue une infraction poursuivie sur plainte. Contrairement aux délits poursuivis d’office, une enquête ne peut être ouverte que si la personne lésée porte plainte. La composante temporelle joue également un rôle, car la plainte doit être déposée au plus tard trois mois après l’acte ou la tentative d’acte. Si l’enfant se trouve confronté à cette situation, il est nécessaire que les parents, avec leur fille ou leur fils, gardent une copie des preuves matérielles, par exemple à l’aide de captures d’écran. Comme pour le cybermobbing, il n’existe pas encore de bases légales. Cependant, certains actes ponctuels relevant du cybergrooming sont clairement illégaux. Ainsi, la contrainte ou le chantage sont punissables. Lorsque la victime éprouve un sentiment de honte et ne se confie pas tout de suite, elle prend le risque que le délai légal pour signaler une infraction soit échu. Afin d’éviter cette situation, la plainte doit être déposée au plus tard trois mois après l’acte (ou la tentative d’acte).

Articles de loi importants

  • Art. 22 CP : La tentative d’acte est punissable dans la mesure où elle peut être clairement démontrée.
  • Art. 187 CP : L’article « Actes d’ordre sexuel avec des enfants » s’applique si la victime a moins de 16 ans. À cet égard, il est indifférent que des actes sexuels aient eu lieu ou que la victime ait été forcée à regarder. Avec ou sans contact corporel, si la victime a moins de 16 ans, un acte sexuel est punissable.
  • Art. 197 CP : Il est illégal d’autoriser l’accès à la pornographie aux moins de 16 ans.
  • Art. 198 CP : La transgression de l’intégrité sexuelle et le harcèlement sexuel sont punissables.

Comportement des auteur∙e∙s

Dans un premier temps, il convient de distinguer d’une part les auteur∙e∙s aux motifs sexuels et les auteur∙e∙s professionnel∙le∙s. Les premiers ont généralement des inclinaisons pédosexuelles et les autres font du chantage et ont des exigences matérielles. L’article «Quand le sexting devient public» comporte une section consacrée à «La sextorstion». Il existe également de grandes différences en matière d’objectifs: certaines personnes se contentent de discussions sexuelles avec des jeunes en ligne, tandis que d’autres veulent une rencontre réelle. Les auteur∙e∙s de cybergrooming connaissent parfaitement les besoins et les souhaits des jeunes et abusent de leur confiance sans scrupules. Sur des forums ou autres plateformes similaires, ces gens se font passer pour des ami∙e∙s débordant de bienveillance pour gagner la confiance de leur victime. Certains promettent aussi des cadeaux. Une fois la confiance établie, suivent des questions comme: Es-tu seul∙e chez toi? As-tu une webcam? As-tu déjà eu des relations sexuelles? Peux-tu m’envoyer des photos de toi? Et si on se rencontrait? Si la victime transmet une photo ou une vidéo, les cybergroomers disposent d’un moyen de pression idéal. Ils exigent alors des jeunes une rencontre réelle ou l’envoi d’autres photos ou vidéos. À ce stade, les jeunes comprennent que la situation menace de leur échapper. Alors, la honte peut les empêcher de se confier et les pousser à se faire exploiter davantage encore, en ligne ou hors ligne. Dans tous les cas, les conséquences sont extrêmement désagréables.

Soutenir les personnes concernées

Mieux les enfants et les jeunes sont informés des dangers et des risques sur Internet, mieux ils peuvent se protéger du cybergrooming. Les parents ont intérêt à tout mettre en œuvre pour que leur fille ou leur fils ne soit pas entraîné∙e dans cette spirale perverse. Si l’enfant est malgré tout victime de cybergrooming, les parents devrait le soutenir sans réserve. Il faut condamner sévèrement l’auteur∙e du cybergrooming, pas le comportement de l’enfant. Il serait faux de menacer l’enfant de le priver des appareils utilisés. De telles mesures risquent de l’inciter à ne plus rien dire sur sa situation désagréable.

Rendre l’incident public

L’idéal est d’essayer de comprendre, sans juger, comment le cybergrooming a pu se produire. Il est également important de conserver les moyens de preuve disponibles et de signaler l’incident à la société d’exploitation de la plateforme en question. Pour prévenir d’autres incidents, une plainte contre inconnu∙e devrait être envisagée. Si les parents sont perplexes, ils ne devraient pas hésiter trop longtemps et plutôt faire appel à une aide professionnelle. Demander conseil à des spécialistes peut être utile. Il y a chez «Conseils + aide 147» de Pro Juventute des expert∙e∙s qui conseillent volontiers les parents ou les enfants gratuitement et de manière anonyme, sur demande. On peut aussi toujours s’adresser aux services (cantonaux) d’aide aux victimes. Il est important de réagir et de ne pas ignorer les événements.

Conseils pour les parents

  • Faire comprendre à l’enfant qu’une prudence extrême s’impose en cas de prise de contact par des personnes inconnues.
  • Conseiller aux enfants de ne rien partager de leur vie privée en ligne et insister sur l’importance d’utiliser les paramètres de confidentialité les plus restrictifs possibles.
  • Dire à l’enfant qu’il est déconseillé, d’une manière générale, de rencontrer personnellement des gens qu’il a connu sur Internet. Si l’enfant y tient à tout prix, la rencontre devrait avoir lieu de jour et dans un lieu public. Il faudrait veiller à ce qu’une personne adulte de confiance soit informée du lieu de rendez-vous et du nom de l’autre personne. Si votre enfant a moins de 16 ans, il vaut vraiment mieux qu’il y renonce.
  • Parler avez l’enfant de ce qu’il vit sur Internet. Ou lui proposer d’en parler avec une autre personne de confiance.
  • Expliquer à l’enfant le grave risque que représente l’utilisation à mauvais escient ou à des fins abusives de photos ou vidéos de lui. Insister sur le fait que chaque photo transmise doit être telle qu’on aimerait la voir dans le journal.
  • Si un enfant est victime de cybergrooming, il a besoin de solidarité et de soutien, pas de sanctions morales.
Daniel Betschart

Daniel Betschart

Daniel Betschart est responsable du domaine des compétences médiatiques chez Pro Juventute. Il coordonne des projets et des programmes pour les enfants, les jeunes, les parents et les spécialistes sur les thèmes des médias numériques. Il a longtemps travaillé dans l’animation jeunesse en milieu ouvert et est père de deux garçons.

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